Par : Charlotte La Haye-Côté et Elsa Moawad

Le choix d’aménagement des espaces verts municipaux soulève des enjeux environnementaux, sociaux et économiques complexes tout en représentant une occasion de créer des milieux de vie résilients et écoresponsables. Le gazon y occupe une place importante et fait aussi l’objet de perceptions contrastées, souvent associées à des impacts élevés, sans que ceux-ci soient évalués dans leur ensemble.

Un éclairage basé sur l’analyse du cycle de vie

L’analyse du cycle de vie (ACV), une méthodologie reconnue à l’international et encadrée par les normes ISO 14040-44, permet d’apporter cet éclairage en considérant les impacts d’un aménagement sur toute sa durée de vie. Dans le cas du gazon, elle montre que les impacts environnementaux sont moins liés à sa production qu’aux conditions d’implantation et surtout aux pratiques d’entretien, ce qui en fait un enjeu de gestion.

L’utilisation de terreau, l’arrosage, la fertilisation et la tonte influencent directement le bilan environnemental global, notamment le bilan de gaz à effet de serre (GES), avec des variations selon les contextes et les pratiques locales.

Les analyses mettent en évidence l’importance d’un équilibre. Une intervention insuffisante peut entraîner une dégradation du couvert végétal et une perte de fonctions ou bénéfices, tandis qu’une gestion plus soutenue augmente de façon marquée les impacts liés à l’eau, à l’énergie et aux intrants. En pratique, ce sont les choix d’entretien qui déterminent l’essentiel de la performance environnementale.

Éviter les comparaisons simplifiées

Dans ce contexte, des pratiques adaptées apparaissent comme un levier central pour concilier maintien du gazon et limitation des impacts. Ces constats invitent à éviter les comparaisons simplifiées entre les types de couvert végétal, notamment avec des aménagements comme les arbres ou les prairies, qui répondent à d’autres fonctions.

L’intérêt de l’ACV réside d’abord dans sa capacité à structurer la réflexion et à identifier les leviers d’action prioritaires pour les municipalités. Elle permet de dépasser une lecture simplifiée des enjeux et d’orienter les décisions vers des pratiques mieux adaptées.

Des bénéfices à considérer en complément

La surface gazonnée, comme d’autres surfaces végétalisées, offre plusieurs bénéfices, documentés dans la littérature, dont l’atténuation des îlots de chaleur, le contrôle de l’érosion et du ruissellement, la séquestration du carbone, ainsi que des effets sur le bien-être et des retombées économiques, notamment la valeur foncière. Il faut voir ces bénéfices en complément de l’ACV, afin de fournir un tableau complet et nuancé de l’impact environnemental du gazon au Québec.

Un levier concret pour les municipalités

Pour les municipalités, un des principaux enseignements est que la performance environnementale d’un espace gazonné dépend en partie de la manière dont il est entretenu. L’objectif n’est pas de réduire systématiquement les interventions ni de privilégier un type d’aménagement au détriment d’un autre, mais de maintenir un couvert végétal fonctionnel selon les usages et des objectifs recherchés. Des interventions insuffisantes ou mal adaptées peuvent, dans certains contextes, réduire certains bénéfices environnementaux du couvert, notamment en matière de gestion des eaux pluviales, d’atténuation des îlots de chaleur ou de stockage du carbone. Dans les cas où le couvert se dégrade significativement, des travaux de remplacement peuvent être nécessaires, ce qui génère également des impacts environnementaux. L’enjeu consiste donc à ajuster les pratiques de façon mesurée afin de trouver un équilibre entre les intrants utilisés et les fonctions environnementales recherchées.

Charlotte et Elsa sont des experts du Groupe AGÉCO, cabinet-conseil en responsabilité d’entreprise et études économiques

Mme Elsa Moawad

Directrice, relations d'affaires

Groupe AGÉCO

Mme Charlotte La Haye-Côté

Analyste en responsabilité d'entreprise

Groupe AGÉCO